Philippe Chuyen au four et au moulin

« Vous êtes qui ? » Au pied d’un immense micocoulier en passe d’être tronçonné, un ouvrier discute avec Philippe Chuyen. Il y a quelques jours, une branche du gigantesque arbre s’est détachée du tronc, avant de sectionner, en tombant, une ligne d’électricité. « Les tempêtes de vent », explique Philippe Chuyen.

Au technicien, l’homme pose quelques questions, s’étonne de voir la débiteuse posée près de la route plutôt que dans le champ, en contrebas. « Le propriétaire a labouré, on s’embourberait avec le camion si on s’y mettait. » Puis : « Pardon, mais vous êtes qui ? » Réponse de Philippe Chuyen : « Je suis le maire. »

Cette phrase, il ne peut la prononcer que depuis quelques jours. Vainqueur au premier tour d’une élection à deux candidats, Philippe Chuyen exerce pour la première fois un mandat électif au sein d’une collectivité.

Un saut dans l’inconnu qui n’a pas beaucoup effrayé le bonhomme. « On a fait une bonne campagne, avec une bonne équipe, détaille le premier magistrat. Et sur les premiers porte-à-porte, on s’est rendu compte du bon accueil qui nous était réservé. »

Reste que rien n’était joué, à Montfort-sur-Argens : pour prendre la suite d’Eric Audibert, maire depuis 2008, qui n’a pas souhaité poursuivre l’aventure, deux listes étaient présentées aux administrées. C’est celle de Philippe Chuyen qui l’a donc emporté.

« Le jour de l’élection, on ne sait pas où on habite. C’est invivable. » Stress, appréhension. « C’est un véritable moment de vérité », glisse-t-il. Ensuite, les premiers bulletins sont dépouillés. « J’entendais mon nom, plusieurs fois. Au bout de la première demi-heure, je sais que c’est gagné. »

Alors, « une grosse vague d’émotion » surgit. « C’est un moment magique. La candidature, c’est un peu comme une déclaration d’amour. Et là je comprends que les gens veulent de moi. »

Arbre à abattre, canalisation à trouver…

Très vite, pourtant, « le poids des responsabilités » arrive. « Énorme. » Dès le lendemain, une réunion était organisée, à la mairie. « On nous donne les clefs de la mairie, les codes des alarmes, pour l’école aussi. »

Autre bouleversement : « On m’appelle Monsieur le maire. Il faut garder la tête froide : si la responsabilité nous porte, elle peut aussi, si on ne respecte pas les gens qui croient en nous, se retrancher dans l’égocentrisme. »

Philippe Chuyen s’arme pour rester fidèle à sa campagne. Et il n’y a rien de mieux que la réalité du quotidien pour faire en sorte que l’équipe garde les pieds sur terre. « Ce qui m’a marqué, pour mes premiers pas à la mairie, c’est la somme des sujets à traiter dans l’instant. On prend une décision, puis une autre, puis 10… C’est une formation accélérée. »

Surviennent les incidents, celui du micocoulier, sur le bord de la D22, en face de l’Intermarché, par exemple. « Il s’est ouvert en deux, raconte le maire. On l’a découvert grâce aux agents du service technique, dont les locaux sont juste en face. On a fait expertiser l’arbre, et il faut le couper. »

Sur place, Philippe Chuyen regarde comment se déroule l’opération, pas bien compliquée, mais il veut être présent. « C’est comme quand je me gare au centre-ville, le matin, en arrivant à la mairie. On m’interpelle, on me parle. Je peux passer 30-40 minutes sur le trajet ! »

Retour en mairie. Là, trois riverains d’un petit lotissement situé sur les hauteurs du village attendent le maire. Un souci de source d’eau qui déborde, et qui s’écoule dans les jardins. « Ça cause des problèmes aux routes également », souligne l’édile, qui reçoit les administrés. Le dialogue s’engage, bienveillant : le sinistre est exceptionnel, tout le monde en convient.

« La position de la mairie, c’est qu’il faut régler le problème, sur la voie publique. Sur la voie privée, on participera, mais il faudra que les propriétaires aident. Ça doit être donnant-donnant. »

L’après-midi, un rendez-vous sur place est organisé. Le filet d’eau ininterrompu s’écoule, et les solutions techniques sont envisagées, avec les riverains, encore. Au final, ils n’auront peut-être même pas à mettre la main au portefeuille. Mais la journée du maire est loin d’être terminée. « Ces premiers jours, ça n’arrête pas. Les mails, les appels, on attend des réponses. J’ai encore du mal à déléguer, ça va se faire petit à petit… »

Élu pour des projets, pour des envies, voilà Philippe Chuyen appelé pour résoudre les soucis du quotidien. « C’est la responsabilité première du maire, ça ne me dérange pas. Et j’essaie de coordonner les obligations du tout-venant avec notre vision à long terme. »

Ce sera pour bientôt, sans doute. Car pour l’heure, le maire doit trouver un créneau pour un rendez-vous avec d’autres Montfortais. « Mais ils sont là, physiquement », sourit la secrétaire de mairie. « Ah ! J’arrive ! »

Et le voilà parti.

Par Romain Alcaraz dans l’édition du le 6 avril 2026 de Var-Matin